Cas d'Études et Retours d'Expérience

Interview de Marie CARTON de la Cité des Formations et des Apprentissages : Innover dans la formation et l’apprentissage au sein d’un CFA

Marie, pouvez-vous nous présenter la Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse Blagnac et expliquer en quoi votre rôle de responsable du Pôle Développement & Innovation est au cœur des transformations pédagogiques menées au sein du CFA ?La Cité...

1 juillet 2026 11 min de lecture
Interview de Marie CARTON de la Cité des Formations et des Apprentissages : Innover dans la formation et l’apprentissage au sein d’un CFA

Marie, pouvez-vous nous présenter la Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse Blagnac et expliquer en quoi votre rôle de responsable du Pôle Développement & Innovation est au cœur des transformations pédagogiques menées au sein du CFA ?

La Cité des Formations et des Apprentissages de Toulouse-Blagnac est un Centre de Formation d'Apprentis (CFA) de référence en Occitanie. Nous accompagnons chaque année plus de 1000 apprenants dans leur parcours de formation, du CAP au Bac+3, en proposant une offre couvrant de nombreux secteurs d'activité : commerce, gestion, comptabilité, restauration, hôtellerie et bien d'autres.

Notre mission est de préparer les talents de demain en favorisant une pédagogie professionnalisante tournée vers la pratique, fondée sur l'alternance, l'acquisition de compétences directement mobilisables en entreprise et un accompagnement individualisé des apprentis. Véritable interface entre le monde académique et le tissu économique régional, la CFA de Toulouse Blagnac travaille en étroite collaboration avec les entreprises afin d'adapter en permanence ses formations aux évolutions des métiers, des technologies et des compétences attendues. Nous nous dotons des meilleurs équipements au sein de nos nombreux plateaux techniques d'application (3 cuisines, 3 magasins, hôtel, 2 restaurants, bar...) et des meilleurs formateurs dont certains au palmarès Meilleur Ouvrier de France (MOF).

La mission du pôle développement & innovation consiste à faire le lien entre les besoins du monde économique et l'évolution de notre offre pédagogique. Cette position nous permet d'être en contact direct avec les entreprises, les branches professionnelles, les prescripteurs, les OPCO et les partenaires institutionnels afin d'identifier les compétences qui émergent et les métiers qui se transforment.
L'objectif est de proposer des parcours toujours plus en phase avec les attentes des entreprises, qu'il s'agisse de nouvelles certifications et de l'intégration de compétences.

Cela nous permet d'enrichir les contenus de formation, de développer des partenariats innovants et de renforcer l'adéquation entre les compétences acquises par les apprentis et les besoins réels du marché de l'emploi.

Le Pôle Développement & Innovation joue ainsi un rôle de catalyseur entre les entreprises, les équipes pédagogiques et les apprenants. Il contribue à faire de la CFA un établissement agile, capable d'anticiper les mutations économiques plutôt que de les subir, en construisant des formations qui répondent aux enjeux d'aujourd'hui tout en préparant les métiers de demain.

Cette fonction dépasse donc la simple gestion d'une offre de formation : elle participe directement à la stratégie de développement de l'établissement, à son innovation pédagogique et à sa capacité à accompagner durablement les entreprises dans leurs besoins en compétences.

Concrètement, comment l’innovation se traduit-elle dans vos dispositifs de formation en apprentissage : pouvez-vous nous décrire, par exemple, un parcours type (en cuisine, commerce ou informatique) qui illustre bien vos nouvelles approches pédagogiques ou numériques ?

Prenons l'exemple de la filière cuisine. Aujourd'hui, les attentes des restaurateurs ne se limitent plus à la maîtrise des techniques culinaires. Ils recherchent des professionnels capables de s'adapter rapidement, de travailler en équipe, de gérer les contraintes économiques, d'intégrer les enjeux du développement durable et de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.

C'est pourquoi nos parcours de formation vont bien au-delà de l'apprentissage des gestes métiers. Les apprentis sont régulièrement confrontés à des situations professionnelles concrètes : création d'un menu répondant à un cahier des charges, maîtrise des coûts matières, lutte contre le gaspillage alimentaire, valorisation des produits locaux et de saison, ou encore gestion des flux en cuisine lors de mises en situation proches des conditions réelles d'un service. L'objectif est de faire en sorte que chaque apprenti développe non seulement une solide expertise technique, mais aussi la capacité à évoluer dans un secteur en pleine mutation, où l'innovation, la polyvalence et l'adaptabilité sont devenues des compétences essentielles.

Vous disposez d’équipements importants (tableaux numériques, salles informatiques, labo de langues…). Comment faites-vous pour que ces outils ne soient pas de simples gadgets, mais qu’ils transforment réellement les pratiques des formateurs et l’expérience d’apprentissage des apprentis ?

Nous considérons que l'innovation ne réside pas dans la technologie en elle-même, mais dans l'usage que l'on en fait. La CFA Toulouse Blagnac dispose de 3 magasins d'application, d'un restaurant d'application, d'un bar d'application et d'un hôtel d'application. Ces espaces reproduisent fidèlement les conditions d'exercice des métiers et permettent à nos apprentis d'évoluer dans un environnement professionnel concret, au contact de vrais clients et de situations réelles. Dans le restaurant d'application, par exemple, les apprentis ne réalisent pas simplement des exercices : ils préparent un véritable service, accueillent une clientèle, travaillent en brigade, gèrent les imprévus, respectent les contraintes de temps et les exigences de qualité. Ils développent ainsi les compétences techniques attendues, mais aussi les savoir-être indispensables : communication, organisation, travail d'équipe, gestion du stress et sens du service. Le même principe s'applique dans le magasin d'application, où les apprentis en commerce sont confrontés aux réalités de la vente, du conseil client, de la mise en rayon, de la gestion des stocks ou encore de l'encaissement.

Former à plus de 250 métiers dans des secteurs très différents suppose des besoins pédagogiques variés. Quels sont, selon vous, les principaux défis pour innover dans un CFA aussi diversifié, et comment arbitrez-vous entre les contraintes des référentiels, les attentes des entreprises et les aspirations des jeunes ?

Le principal défi est justement de concilier trois réalités qui évoluent en permanence et qui ne vont pas toujours au même rythme : les référentiels de certification, les besoins des entreprises et les attentes des jeunes.

Les référentiels constituent notre cadre. Ils garantissent un niveau de qualification et des compétences attendues à l'échelle nationale. En revanche, les entreprises évoluent beaucoup plus vite : elles nous sollicitent sur de nouveaux outils, de nouvelles méthodes de travail encore de nouvelles organisations. Enfin, les jeunes ont eux aussi changé leurs attentes. Ils recherchent davantage d'interactivité, de sens, d'autonomie et souhaitent apprendre en faisant, avec des situations concrètes.

Notre rôle est donc de créer un équilibre entre ces trois dimensions. Nous ne pouvons pas modifier les référentiels, mais nous pouvons faire évoluer la manière de les enseigner. C'est là que l'innovation pédagogique prend tout son sens : proposer davantage de pédagogie par projet, développer les mises en situation professionnelles, utiliser nos plateaux techniques et renforcer les liens entre la CFA et l'entreprise.

Cette diversité de plus de 250 métiers est finalement une richesse. Même si les secteurs sont différents, ils partagent aujourd'hui des enjeux communs : la relation client, le travail collaboratif, la conscience professionnelle ou encore l'adaptabilité. Cela nous permet de développer des approches pédagogiques transversales tout en conservant les spécificités de chaque métier.

Au fond, notre objectif est simple : former des jeunes qui réussiront leur examen, bien sûr, mais surtout des professionnels capables de s'adapter tout au long de leur carrière. Dans un monde où les métiers évoluent de plus en plus vite, la capacité à apprendre, à innover et à évoluer devient une compétence aussi importante que la maîtrise technique d'un métier.

Les portes ouvertes et les job datings que vous organisez sont souvent cités comme des temps forts. Comment utilisez-vous ces événements comme « laboratoires d’innovation » pour renforcer le lien CFA–entreprises et faire évoluer vos dispositifs d’accompagnement vers l’emploi ?

Les journées portes ouvertes et les job dating sont bien plus que des événements de rencontres : ce sont de véritables laboratoires d'observation. Ils nous permettent de réunir, au même moment, les trois acteurs essentiels de l'apprentissage : les entreprises, les candidats et les équipes de la CFA.

Côté entreprises, ces rencontres sont l'occasion d'échanger directement avec les recruteurs sur leurs besoins en compétences, les métiers en tension, les évolutions de leurs pratiques et les profils qu'ils recherchent. Ces retours de terrain nous sont extrêmement précieux, car ils nous permettent d'ajuster nos rythmes d'alternance, d'identifier les compétences émergentes et d'adapter nos modalités d'accompagnement.

Mais ces événements sont tout aussi importants pour les candidats. Nous sommes à leur écoute pour comprendre leurs attentes, leurs motivations, leurs interrogations et parfois leurs freins à l'apprentissage. Les échanges que nous avons avec eux nous permettent de mieux accompagner leur projet professionnel, de les orienter vers les formations les plus adaptées et de leur donner les clés pour réussir leurs premiers entretiens avec les entreprises.

Ces rencontres sont également un excellent révélateur des évolutions du marché. Nous observons les métiers qui suscitent le plus d'intérêt, les secteurs qui recrutent davantage, les compétences recherchées et les attentes des nouvelles générations en matière de conditions de travail, de sens ou d'évolution professionnelle.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’apprentissage au sein d’un CFA comme la Cité des Formations : quelles ruptures pédagogiques, technologiques ou organisationnelles vous semblent incontournables pour rester en phase avec les besoins du bassin toulousain ?

À l'horizon de cinq à dix ans, je suis convaincu que l'apprentissage restera la voie privilégiée pour former les compétences dont les entreprises auront besoin. En revanche, la manière d'apprendre va profondément évoluer.
La première rupture concernera la personnalisation des parcours. Les apprentis n'apprendront plus tous de la même manière ni au même rythme.

La deuxième évolution sera le renforcement de la pédagogie par l'expérience. Les plateaux techniques – restaurant, hôtel, bar et magasins d'application – prendront une place encore plus importante. Les apprentis apprendront en réalisant des projets, en résolvant des problématiques concrètes et en travaillant sur des situations directement issues des entreprises. Cette immersion professionnelle deviendra le fil conducteur de la formation.

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser à un jeune ou à un parent qui hésite encore à choisir l’apprentissage, et à un formateur qui se sent un peu déstabilisé par cette injonction permanente à « innover » dans sa pratique ?

L'apprentissage est aujourd'hui une véritable voie d'excellence. Il permet de préparer un diplôme tout en développant des compétences directement sur le terrain, au sein d'une entreprise. Cette alternance entre les enseignements à la CFA et la pratique professionnelle donne du sens aux apprentissages : ce qui est vu en formation est mis en œuvre très rapidement dans un contexte réel.

Au-delà du diplôme, l'apprenti acquiert une expérience professionnelle, et c'est aujourd'hui un atout considérable. En France, les entreprises recherchent des jeunes qualifiés, mais aussi opérationnels, capables de s'intégrer rapidement dans une équipe et de comprendre les réalités du monde du travail. L'apprentissage répond pleinement à cette attente.

C'est aussi une formidable école de la maturité. En devenant salarié, l'apprenti apprend à prendre des responsabilités, à gérer son temps, à travailler en équipe, à communiquer avec des collègues, des clients ou des partenaires. Beaucoup de jeunes gagnent en confiance, en autonomie et construisent progressivement leur projet professionnel.

Innover ne signifie pas remettre en question les expertises des formateurs ou tout révolutionner. Leur expérience, leur savoir-faire et leur connaissance des métiers restent au cœur de la réussite des apprentis. L'innovation consiste surtout à faire évoluer nos pratiques pour mieux répondre aux besoins des jeunes et des entreprises : proposer davantage de mises en situation, favoriser les projets, utiliser les outils numériques lorsqu'ils apportent une réelle valeur ajoutée et développer des pédagogies plus actives. C'est une démarche collective, qui s'appuie sur l'intelligence des équipes et sur le partage d'expériences.

Enfin, je suis profondément convaincue que l'apprentissage est l'une des plus belles réponses aux enjeux de l'emploi, de la formation et de l'insertion professionnelle. C'est une voie qui permet à chacun, quel que soit son parcours, d'accéder à des études supérieures sans que le coût de la formation soit un frein. Les apprentis sont formés, rémunérés, accompagnés et construisent en même temps leur avenir professionnel.

C'est cette conviction qui nous anime au quotidien à la CFA Toulouse Blagnac : offrir à chaque jeune la possibilité de révéler son potentiel, de trouver sa place dans le monde professionnel et de construire durablement son avenir grâce à une voie exigeante, concrète et porteuse d'opportunités.

Pour en savoir plus : https://www.cfablagnac.org/